Incidences de l’utilisation du TacAudioScan sur le protocole EMDR

Tout un pan de recherches s’ouvre à nous dans le domaine encore insuffisamment inexploré en EMDR, de l’incidence de la modulation du signal dans le traitement et en particulier au cours de la bilatéralité alternée.

La baguette a progressivement remplacé les doigts pour soulager le thérapeute. De plus, la machine a permis au thérapeute de prendre la distance nécessaire permettant d’apprécier l’avancée du traitement au cours de la séance et finalement d’intégrer au travail thérapeutique les possibilités offertes par la diffusion assistée du signal alterné.

Il apparaît que tout un pan de recherches s’ouvre à nous dans le domaine, encore, insuffisamment inexploré en EMDR, de l’incidence de la modulation du signal dans le traitement et en particulier au cours de la bilatéralité alternée.

J’utilise un TacAudioScan [1] depuis 2 ans. Il s’agit d’un appareil qui envoie des stimulations bilatérales alternées visuelles, grâce à une lampe située sur chacune des deux vibreurs, des stimulations tactiles sur ces mêmes vibreurs, et des stimulations auditives par l’intermédiaire d’un casque. Ces trois types de stimulations sont concomitants.

Ils sont modulables en vitesse (modification de la durée du signal ), en intensité (modification de la fréquence du signal, du grave à l’aigu) et en volume (plus ou moins fort).

Je remarque cliniquement que le son grave qui s’étale dans la durée en faible volume, apaise le patient, alors qu’un son aigu, court et fort en volume produit un effet très efficace de résorption de l’angoisse associée à l’image-cible traumatisante.

Les modulations du signal permettent ainsi de mieux fixer et renforcer un lieu-sûr avec les sons graves, et de privilégier les fréquences plus élevées (aigus) à partir de la phase 3 du retraitement, avant d’avoir recours à nouveau aux sons graves pendant le scanner corporel.

Mais voici le plus surprenant.

Prenons le cas d’un ancien pompier qui a vu et souvent vécu les pires atrocités en 15 ans de carrière.

A l’époque, il existait peu de cellules d’urgence où les debriefings pouvaient avoir lieu immédiatement après les interventions. Cet homme n’est donc pas suivi et recourt progressivement à l’alcool, qui semble apaiser pour quelque temps son anxiété. Cela génère de vives tensions auprès de ses enfants et ravive les tensions personnelles anciennes auprès d’un père également pompier autrefois. L’un des fils de mon patient veut à son tour devenir pompier et se sent lui aussi, incompris du père.

Je décèle très vite qu’il s’agit de dénouer une intrication d’évènements traumatisants ponctuels (les interventions lors des missions) et d’évènements trans-générationnels. Mon patient a ‘adopté’ la profession de son père pour pallier un manque d’affection qui retentit sur les enfants.

Mon hypothèse de traitement est par conséquent la suivante.

Il importe à court terme, que ce père diminue la prise d’alcool, pour être au mieux dans la relation à ses enfants. Je suis conscient également que les syndromes post-traumatiques développés au cours des interventions sont intimement enchevêtrées à une problématique paternelle ancienne dont la souffrance psychique n’est pas résorbée.

Et nous savons bien que de nombreux ESPT se nourrissent d’un ‘terreau archaïque’ affectivement ’empoisonné’.

Suite au plan de ciblage, il est question de traiter ce jour-là un ESPT lié à une image très perturbante d’un père qui a assassiné son fils (et dont l’âge correspond à celui de l’un des fils de mon patient). Lors d’une intervention, mon patient a découvert une lettre sur le lieu du crime qui, à la lecture, révèle qu’elle avait été écrite par le père-assassin.

Voici ce que les possibilités du TacAudioScan vont me permettre:

Je demande au patient de ressentir, pendant l’émission [2] du signal à gauche, le moment de la lecture de la lettre. Puis, pendant l’émission du signal à droite, de se visualiser en compagnie de ses enfants.

Mon hypothèse étant que, à gauche le patient dénoue sa problématique personnelle avec son propre père en lien avec la lecture de la lettre, et que à droite et par contraste, il dénoue sa vie en compagnie de ses enfants, puisque ce signal agirait en tant que VOC implicite.

En procédant ainsi, je ne fais que récupérer la teneur des évocations positives issues de la carte des traumas que nous avons dressée en phase d’évaluation.

Résultat: en deux séances, le SUD passe de 10 à 2 ! Dans un tel contexte d’accumulation de stress au quotidien et depuis 15 ans, ce seuil me semble acceptable pour envisager l’installation de la cognition positive:  » Pour moi, la vie continue », qui atteindra rapidement une VOC à 7 ! Au cours du scanner corporel, le patient me raconte que son fils, depuis quelque temps l’embrasse le soir; ils réparent une maquette également; et puis la croix qu’ils sont en train de fabriquer pour enterrer le hamster…

Conclusion

Du point de vue de la théorie, il reste à savoir si le procédé que j’ai commencé à tester, entre dans le cadre du syncléctisme puisqu’il intégrerait ici d’un outil de plus, particulier au décentrage proposé par l’hypnose. Est-ce dans ce cas, un décentrage supplémentaire événement-passé-perçu-à-gauche/événement présent-perçu-à-droite, qui amplifierait l’effet EMDR, étant donné que l’oscillation des pulsations gauche/droite enclenche déjà un recentrage lui-même amplifié par la visualisation des événements ciblés soit sur un écran soit à travers la fenêtre d’un train[3] ?

En tout cas, l’effet EMDR du traitement semble bien amplifier le tissage d’une continuité des mémoires épisodiques au cours de l’alternance gauche/droite.

Ce procédé aura-t-il aussi un effet rémanent sur les autres événements traumatiques non encore ciblés, et optimisera-t-il le temps de la thérapie ? Et surtout, cet effet se maintiendra-t-il dans le temps ?

En tout cas, le TacAudioScan propose de nouvelles possibilités d’extension de la recherche en Emdr, associées au Protocole Standard.

Le schéma ci-dessous synthétise la situation thérapeutique exposée, où nous remarquons l’effet rémanent des cognitions en direction du passé ainsi qu’une rémanence anticipatoire probable en direction des cognitions du futur:

Voir le schéma

Epilogue

Très content de ma découverte, j’en informe Jacques Roques pour obtenir son avis.

Voici sa réponse: « Pour ce qui est de l’utilisation d’un investissement différent suivant les côtés gauche et droite, j’avais déjà remarqué son intérêt avec un patient qui n’arrivait pas à se séparer d’une maîtresse qui le démolissait (la démolition était d’ailleurs réciproque). Je lui avais fait investir un côté de la pièce par rapport à lui, comme étant la partie logique et l’autre côté comme afférent à la partie affective. J’avais demandé à la partie logique de s’exprimer quand il avait son regard tourné de son côté, puis de faire de même pour la partie affective, et ainsi de suite.
Au début je laissais du temps à chaque partie pour s’exprimer, puis de moins en moins, au fur et à mesure que les allers et retours de ma baguette s’accéléraient
(Je souligne). A la fin je m’étais arrêté au milieu et il avait fondu en larmes. C’était bien la première fois qu’il s’exprimait sur un plan émotionnel.
J’avais ainsi pu résoudre une forme de dissociation entre deux états du moi cognitif et pseudo-affectif (puisqu’il parlait surtout de ses émotions plutôt qu’il ne les vivait). Evidemment avec ma méthode il ne pouvait plus rien contrôler (Je souligne).

Toi tu introduis par ce biais un moyen pour réduire, avec succès semble-t-il, une autre forme de dissociation entre deux états du moi, un appartenant au passé de sa relation avec son père, l’autre actuel, de sa relation à son fils. Les deux apparemment relèvent du même réseau de mémoires « parent / enfant ». On peut rapprocher ce type de travail d’un tissage cognitif. »

Dans les jours qui suivent, je décide bien évidemment, d’intégrer et de tester le facteur vitesse, de ne pas focaliser cette fois le ciblage sur l’opposition passé/présent, et de traiter en vitesse croissante, de manière concomitante, deux événement passés traumatisants.
Le premier événement se rapporte à un massage cardiaque effectué à un enfant qui ne sera pas réanimé.
Le second événement concerne le sauvetage d’une mère et de sa petite fille dans un immeuble en flammes. Le pompier se rappelle surtout du geste de la petite fille à son égard. Blottie dans les bras de sa mère, elle se retourne pour lui offrir sa médaille.

Je propose à mon patient de revenir sur cet événement positif. C’est le visage heureux de la mère qui lui apparaît lorsqu’il remet l’enfant. Il y associe un sentiment de réussite.
Je lui propose ensuite de revenir sur le massage cardiaque à la période de Noël. Il évoque son désarroi. Puis, je lui demande de mettre les deux événements en concomitance(selon la méthode exposée plus haut). Extraordinaire ! Dès les premières pulsations alternées, « le sauvetage de la petite fille prend le dessus », dit-il. Le pompier d’autrefois n’arrive plus à percevoir le massage cardiaque effectué en vain sur le garçon, au fur et à mesure de l’accélération de l’oscillation gauche-droite. Au bout d’une demi-heure le SUD est à 3 et finit à 1, 10 minutes après! « Je dis 1 parce que je ne peux pas oublier, mais ce n’est pas de la détresse. C’est la fatalité. Je n’ai pas le sentiment d’avoir échoué, il n’y a pas de culpabilité. »

Voilà des résultats très prometteurs, qui ouvrent de nouvelles perspectives de recherche en EMDR, quant à l’utilisation de la vitesse, de l’intensité et du volume sonores couplés aux techniques de distanciation.

Louis COSTE
Argenteuil (Val d’Oise)


* ‘Tac’ pour Tactile. Consulter neurotekcorp.com, pour une description détaillée de la machine.

[1] En fait, on devrait dire TacEyeAudioScan, puisque l’appareil comporte aussi deux lampes qui s’allument alternativement.

[2]Durée allongée du signal, jusqu’à 4 secondes, le temps de laisser le patient ’tisser’, ‘réparer’, ses mémoires.

[3]Ce qui irait dans le sens des travaux de C.W.Lee, P.L. Drummond, Journal of Anxiety Disorders, 22 (2008) 801-808:
« Les études à venir devraient vérifier si la consigne de distanciation combinée avec des mouvements oculaires
est plus ou moins efficace que les consignes inhérentes au protocole Emdr existant. » Traduction: Jenny Ann Rydberg

À propos de Louis COSTE

Psychothérapeute Emdr, Argenteuil, Ermont (Val d'Oise-95)
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Une Réponse pour Incidences de l’utilisation du TacAudioScan sur le protocole EMDR

  1. thez dit :

    Bonjour

    J’aimerai savoir où l’on peut acheter les vibrateurs tactiles que l’on se sert en emdr.
    Merci. En France ?

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