La fragilité psychique

Sous ce titre l’auteur a voulu poser les bases d’une réflexion sur le concept de fragilité pour différencier les pathologies du psychisme, qui relèvent du psychiatre, de ses médicaments et de ses institutions, de celles que présentent les patients qui consultent le psychologue parce qu’ils ont perdu un certain état d’équilibre de ce que l’on pourrait appeler la santé mentale.


Présentation

« Docteur je viens vous voir parce que je suis incapable d’uriner dans les toilettes des la fac, ou d’une salle de mariage alors que je ne suis pas prude et que je peux très bien me mettre à danser tout nu dans un restaurant à l’occasion d’une fête d’étudiants ». « Docteur mon mari me trompe avec les sites pornos qu’il trouve sur Internet. Je m’en veux. Je le traque sur son téléphone, sur ses mails. Je culpabilise parce que je pense que c’est de ma faute et en même temps je n’arrête pas de l’agresser. » « Docteur j’éprouve plus de plaisir à faire l’amour à ma femme qu’à le faire réellement » « Docteur je n’ai pas confiance en moi »

Qu’est-ce qui se passe dans la zone de transition entre la normalité et la pathologie lorsqu’on parle de santé mentale ? De quoi est fait le chemin qui va de la dépression à l’état d’euphorie maniaque ? Où se situent des événements comme la crise de panique, les états d’angoisses ? Voilà autant de questions qui font l’objet de ce présent essai. En tant que constructivistes nous ne pouvons plus enfermer nos patients dans des cadres nosographiques stricts et surtout immuables. Cependant pour pouvoir communiquer entre nous, malheureusement, nous sommes bien obligés d’utiliser des mots et des concepts. C’est pourquoi j’utilise plus souvent le terme de sujet que de patient qui sous-entend peut-être un peu trop que nous lui avons collé une étiquette qui le définisse une fois pour toutes. Pour souligner aussi une vision globale d’un sujet à la recherche des implications de son problème dans tous les secteurs de sa vie. La finalité de toute thérapie étant d’arriver à un changement de position dans sa façon de concevoir sa vie, y compris s’il prend la décision de ne rien changer du tout.

Cet article porte sur un concept nouveau, celui de fragilité psychique. Il est construit sur le modèle de la fragilité que les gériatres recherchent dans l’EGS, (l’évaluation gériatrique standardisée). J’avais besoin de quelque chose de nouveau pour décrire une psychothérapie qui mette l’accent sur la mobilité, et les espoirs de changements. Si la pathologie psychiatrique relève du psychiatre, de ses médicaments et de ses instituions, le psychologue voit venir à lui toute une frange de la population qui n’est pas « malade » mais qui n’est plus tout à fait en bonne santé, puisqu’elle a des plaintes, puisqu’elle vient chez nous exprimer des souffrances. La santé elle-même est difficile à définir. « C’est une notion dépassée » pour Knock ; « Un état précaire entre deux maladies », pour La Roche Foucauld ; Mais c’est Molière, avec sa sentence « Tout bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore », qui définit au mieux le concept de fragilité psychique. Nous sommes tous dans un état d’équilibre très instable, qu’un rien pourrait déstabiliser. (Un rien pour les autres est parfois quelque chose de grave pour le sujet.) La première conséquence c’est que le thérapeute psychologue n’est pas celui qui ne fait, «que dans la petite hystérique ». Son action va se situer toujours dans la prévention. Or autant on ne sait jamais l’importance et la gravité d’un symptôme, qui peut nous apparaître futile, autant nous ne pouvons pas savoir l’importance de notre action thérapeutique même si elle ne s’est focalisée que sur des problèmes légers. La prévention primaire consiste comme en gériatrie à prévenir tout risque de décompensation d’un état d’équilibre pour l’instant satisfaisant. J’ai failli dire « normal ». Par exemple on travaille les ressources d’une femme qui n’a pas « confiance en elle » et qui n’a jusqu’ici toujours vécu qu’à travers son mari alors qu’il est en train de rompre la relation. Il faut redonner du poids et de la consistance à sa personnalité. La prévention secondaire cherche une fois que le traumatisme a eu lieu et qu’il a décompensé le sujet à le ramener le plus près possible de son état antérieur. Cette femme agressée sur son lieu de travail peut retrouver les valeurs qui sont les siennes auprès de sa famille et dans autres secteurs de sa vie une fois que son ressenti à base de culpabilité a été « nettoyé » par EMDR. La prévention tertiaire lorsque la décompensation est trop radicale pour espérer remonter la pente consiste à essayer de préserver ce qui reste pour arriver à ce que le sujet puisse donner encore, ou à nouveau, du sens à sa vie. Frankl raconte qu’il a vu arriver un rabbin défait au sortir des camps de concentrations parce que toute sa famille, ses huit enfants et sa femme, y étaient restés. « Qu’est-ce qu’aurait fait votre femme si vous vous aviez étés gazé avec les enfants, et qu’elle soit revenue seule ? » — « Elle ne l’aurait pas supporté ». –« Peut-être que Dieu a voulu lui épargner ça et vous a choisi vous ».

Les arrières pensées qui passent entre les lignes sont multiples et font l’intérêt de cette réflexion : 1. L’exploration d’un état d’équilibre qui nous apparaît précaire à recherche d’un état pathologique possible, ou probable à moyen terme, mais encore latent dans un but de prévention. 2. Bilanter le résultat d’une thérapie en étudiant les capacités du sujet à retrouver seul un état d’équilibre acceptable. Nardone parle d’efficacité du traitement lorsque les symptômes ont disparus, et il parle d’efficience du traitement lorsque le sujet se présente comme capable d’affronter d’autres stress, d’autres difficultés d’autres situations traumatisantes sans retomber dans les mêmes types de réactions inopérantes, ou sur les mêmes comportements automatiques, ritualisés, voire marginalisants. 3. LA notion de fragilité psychique va modifier l’orientation des stratégies thérapeutiques. Elles vont devoir prendre en compte de tout ce qui risque de faire chavirer cet état d’équilibre, que cela vienne des circonstances extérieures ou de la faiblesse constitutionnelle du sujet. 4. Nous allons nous placer maintenant dans un contexte systémique pour envisager les différentes réactions possibles du sujet stressé. Ce sont les réactions prévisibles d’un système perturbé par un choc traumatique répété. Les relations qui relient les différents objets et qui définissent le système en le maintenant en place, sont responsables des réactions, des symptômes, des comportements limités et répétitifs ; « toujours plus de la même chose ». Un sujet peut très bien afficher les caractères d’une réussite sociale, parfois phénoménale, mais cette attitude n’est parfois que faussement rassurante quand elle sert à cacher des souffrances plus profondes. Ce sont des solutions qui n’apportent, pour Watzlawick, que des changements de type I puisque l’état d’équilibre instable, la fragilité psychique qui découle de cette souffrance, nous sommes dans le domaine de l’affectif, est toujours là.

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2 Réponses pour La fragilité psychique

  1. OUDRY Marie dit :

    J’ai effectué 4 séances avec un psychiatre (EMDR). Depuis ces séances, mes peurs sont revenues, je me sens nerveuse et tous les souvenirs douloureux me reviennent en tête. Je passe par des grandes phases de déprime (pleurs) et de découragement. Je n’ai même plus envie d’aller vers les autres. J’ai l’impression de tourner en rond.
    Voici ce que j’ai lu dans un article sur le site « doctissimo »
    Comment ça marche ?
    En clair, de quoi s’agit-il ? Cette méthode ressemble à une sorte d’hypnose : en faisant suivre un pointeur à une personne, on lui fait pratiquer toute une série de mouvements avec les yeux. Or cette gymnastique oculaire permettrait d’agir sur les neurones et le cerveau. Ainsi, les blessures des traumatismes vécus dans l’enfance s’estomperaient. Sachez en outre que, selon les cas, il faudra de 3 à 12 séances de thérapie, d’une durée de 60 à 90 minutes… pour un prix allant de 60 à 120 euros.

    Je suis un peu surprise car elle n’utilise pas cette méthode. A chaque séance, elle me fait assoir dans un fauteuil, me met des électrodes dans chaque main et un casque sur la tête et après elle Elle me fait parler et me pose des questions. Cela ressemble plus à une analyse qu’à l’E.M.D.R.

    Je me demande vraiment si la méthode qu’elle utilise me convient réellement !!! De plus, j’ai dépensé 480 €….

  2. bourion dit :

    trés intérréssé par le sujet…!!

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