La double contrainte

L’information passe par une série de règles de codifications, de normes visant à donner une signification aux objets du monde réel et par une série de normes définissant les rapports entre ces significations.


Lorsque nous ne servons pas de la communication pour communiquer mais pour communiquer sur la communication, ce qui est absolument nécessaire dans les recherches sur la communication, nous avons recours à des conceptualisations qui ne sont pas une partie de la communication mais un discours sur la communication, nous faisons de la métacommunication. (Watzlawick)

La névrose est une technique permettant la manipulation des significations transmises au cours de situations interpersonnelles. L’information passe par une série de règles de codifications, de normes visant à donner une signification aux objets du monde réel et par une série de normes définissant les rapports entre ces significations.

Si un sujet A envoie un message a vers B qui donne une réponse b, on peut définir :

A) La double contrainte. C’est une forme générique d’injonction paradoxale à l’intérieur d’une relation vitale continue. Ses caractéristiques sont : _*1) la présence de deux personnes ou plus _*2) des expériences répétées _*3) une injonction secondaire en conflit avec la première à un niveau plus abstrait et qui comme elle est imposée au moyen de punitions ou de signaux menaçant la survie. _*4) une injonction tertiaire négative interdisant de s’enfuir. Elle est implicite à toute relation où la survie est en jeu et n’a pas besoin d’être invoquée de façon manifeste à chaque fois Finalement la série complète n’est plus nécessaire si le sujet a appris à percevoir son univers selon les modèles de la double contrainte

La réponse de celui qui reçoit le message est aussi importante que le message lui-même. On peut résumer les caractéristiques générales ainsi : _*1) la situation : Il existe une relation intense. Le récepteur sent qu’il est vital qu’il distingue la justesse du type de message qu’on lui adresse. _*2) il y a deux messages imposés qui se contredisent. _*3) la réponse ne peut pas contenir de métacommunication pour corriger la perception du message sinon on sort de la situation paradoxale, il n’y a plus de double contrainte.

La disqualification transactionnelle est une forme de double contrainte. Elle est souvent utilisée pour évoquer deux unités différentes d’analyse (Sluzki) : _*1) le message unique et les comportements communicatifs successifs de chaque personne ; l’ensemble des déclarations, le ton, les mouvements des corps etc. _*2) la transaction c’est-à-dire le rapport entre un message et un autre message contigu de deux sujets différents.

Il existe ici une incompatibilité entre la réponse et le contenu du message initialement exprimé par une autre personne. Pour qu’il y ait disqualification du message a par la réponse b il faut —a) qu’il n’y ait pas d’indices de métacommunication et que le contenu soit incompatible avec le contexte. — -b) ou bien, s’il existe des indices, ils sont incompatibles avec le contexte. La disqualification transactionnelle engendre le rire, la colère, la confusion car rien n’indique au sujet émetteur A que le récepteur B est ou non d’accord, qu’il connaît déjà, qu’il méprise, qu’il rejette, qu’il prend mal le message a.

Formes cliniques de disqualifications transactionnelles :

_*1) La fuite, le changement de thème. La réponse traite d’un thème différent du message, mais rien n’indique ce changement. La réponse b disqualifie le message a. Son contenu n’est pas une réponse au message à alors qu’il doit l’être selon le contexte. Il peut exister une fuite dans des aspects plus complexes On peut nier par exemple qu’il s’agit d’une disqualification transactionnelle : « Je ne t’ai pas entendu » Le fils « Tu t’attaques à ma sœur d’abord » La mère « Mais je vous aime tous les deux. J’essaye d’arranger les choses à la maison » La tangentialisation de Ruesh est une forme de fuite où le récepteur B reconnaît la volonté de communication de l’émetteur A mais négliger à la fois le contenu du message a et le but du sujet A. L’enfant tout joyeux vient vers sa mère avec un vers de terre : « Regarde comme il est beau » et celle-ci lui rétorque sèchement : « Va te laver les mains tout de suite » ; L’enfant est déçu, découragé, interloqué. Elle aurait dû dire d’abord : « C’est un très beau vers » avant d’ajouter un autre message : « Mais maintenant il faut que tu te laves les mains »

_*2) Le tour de passe-passe ; Comme dans la fuite la réponse b est du point de vue du contexte un nouveau thème mais il est donné comme une réponse au message a. La mère : « Le caractère de la fille ressemble à celui du père » Le père : « La mère et la fille n’ont pas le même caractère «

La littérarisation : La fille « Tu me traites comme une enfant » La mère : « Mais tu es mon enfant »

_*3) La spécification où on donne une réponse spécifique à un thème général : Le père : « Je ne crie jamais » La fille : « Tu es entrain de crier »

_*4) La disqualification du statut. Il y a évocation du statut par le sujet récepteur dans sa réponse b qui implique que le message a de l’émetteur A n’est pas valable, soit à cause du statut de l’émetteur A, soit à cause de celui du récepteur B parce qu’il a des droits ou des connaissances supérieurs. La mère : « Elle ne s’entend pas avec son frère » La fille : « Et pourquoi tu dis ça ? » La mère : « Une mère le sait »

_*5) La mystification de Lang. : La contradiction n’existe pas entre le message et la réponse mais entre le contenu et la relation transmis par le message a. « Ce que vous voyez, vous entendez, vous sentez, vous pensez…est faux. Moi je vous dit ce que vous devez pensez, sentir, voir, croire ». Ce genre de message aura peu d’effet sur un sujet habitué à se fier à ses propres perceptions de la réalité interne ou externe, mais là ou la survie de l’un des partenaires est en jeu, l’enfant devant ses parents, dans les persécutions politiques (lavage de cerveau), le patient devant son psychanalyste tout puissant…de tels messages mettent le récepteur dans une situation intenable. Si le sujet récepteur est incapable, ou qu’il lui soit défendu de démystifier la situation en métacommunicant à son propos, il est pris au piége. Il ne pourra jamais s’en échapper si la mystification s’étend à la conscience de la mystification elle-même. Variante sur ce thème de Searles, un rapport est défini et sitôt la définition acceptée par le récepteur B, il est soudain redéfini par l’émetteur A qui accuse B d’être fou ou méchant, de ne pas voir les choses de telle façon. Quand le récepteur B se range à cette nouvelle version il est puni de ne pas voir la première. L’émetteur A peut modifier la qualité émotionnelle d’un échange en traitant le thème sur le mode de la plaisanterie d’abord puis sur un ton sérieux ; Il reproche à B soit de ne pas avoir d’humour, soit de blaguer sur un thème sérieux

_*6) La question superflue. Le message a est une déclaration. La réponse b une question au même niveau que le message a, mais pas un métacommentaire et qui répète le message a. Cela entraîne le doute, le désaccord. Le fils : « Je m’entends bien avec tout le monde » Le père : « Avec tout le monde ? »

Les trois cas d’apparitions de la mystification, de la dévalorisation ou de la double contrainte.

_*1) B celui qui reçoit le message est grondé pour avoir telle perception de la réalité. S’il ne peut plus faire confiance à se sens il va chercher des liens et des relations supposées perçues par les autres. _*2) B est grondé pour avoir ou non le sentiment qu’il faut. Il se sent coupable de ne pas avoir la reconnaissance des autres. _*3) B reçoit un ordre auquel il lui faut obéir et désobéir.

Nous avons étudié la relation qui existe entre le contenu d’une réponse et celui d’un message qui l’a précédé. Il y a deux paramètres à retenir : -1) La continuité entre les contenus-2) l’indice de réception du message, signaux implicites, métacommunication, allusions à des messages précédents, etc….. La disqualification transactionnelle comprend une discontinuité du contenu sans indices précis de réceptivité La fuite présente une discontinuité dans le contenu sans indices de réceptions. D’après la réponse b, le message a aurait pu ne pas exister. _Le passe-passe, discontinuité plus des indices inappropriés. Il y a bien une réponse au message a, mais pas dans le sens où celui-ci a été émis. Dans la disqualification statutaire les indices de réceptions sont incertains ou inexacts et un doute est émis sur le statut. Il faudrait tenir compte des silences pour être un peu plus complets. Enfin la disqualification transactionnelle existe aussi dans le jeu, le fantasme, ou la psychothérapie, l’humour…et n’a donc pas de pouvoir pathogène en elle-même. La pathogénie réside dans le modèle appris sur lequel on fonde son comportement dans telles circonstances particulières et dans l’effet additionnel de chaque répétition de la série entière. On présuppose que le choix de la réponse est le résultat d’un procédé d’apprentissage secondaire.

Il y a quatre types de réponses possibles devant un message disqualifiant.

_*1) Le commentaire. Si on s’y tient-il n’y a pas de disqualification transactionnelle. La fille : « Nous nous sommes toujours bien entendues » La mère : « Oui, je t’ai toujours aimée » La fille : « Peut-être mais je ne vois pas ce que cela vient faire là-dedans » _*2) Le retrait qui inclus aussi le silence, le refus de répondre, de poursuivre l’interaction, ou son annulation pour repartir à zéro. Il n’y a pas non plus de disqualification. _*3) L’acceptation où on répond comme si la signification était correcte. On accepte la façon dont la disqualification redéfinit la situation sans reconnaître qu’il y a eu un changement. _*4) La contre disqualification, un comportement symptomatique, c’est à dire une communication qui nie que c’est une communication. C’est une réponse correcte possible mais elle ne fait qu’augmenter la confusion

Pour survivre l’homme a besoin d’une vision du monde non contradictoire, d’une explication cohérente de la réalité. L’attribution de sens crée rétroactivement sa propre réalité « dénuée de sens ». Par exemple c’est le cas dans les prédictions qui se réalisent et la construction de situations qui ne se seraient jamais faites sans la présupposition de leurs existences. En thérapie, il est parfois plus efficace de partir de la solution pour remonter au problème. La question du sens est réflexive. Elle est la conséquence de l’établissement, de l’attribution d’un sens. La question du sens du sens est vide « de sens » puisqu’elle se retourne sur elle-même

La meilleure façon de ne rien dire c’est de se contredire. Et si on se contredit en disant qu’on ne dit rien finalement on ne se contredit pas du tout. Quelque part chez Watzlawick.

Mettre en signet le permalien.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *