Les paradoxes en psychothérapie

Depuis Bateson le paradoxe participe à la genèse des troubles psychiques. Le thérapeute les utilise pour jouer sur la dynamique psychique. Il lui arrive parfois de reconstruire le paradoxe pour mieux déconstruire le système pathologique. Mais ça c’est déjà paradoxal.


  • Introduction

Nous sommes tous confrontés à des événements de la vie pour lesquels il nous faut prendre des décisions, affirmer une position, poser un acte, adopter une conduite à tenir, une attitude à avoir. Parfois c’est facile. Parfois cela demande un certain temps et beaucoup de sacrifices. C’est le cas dans ce que Fischer décrit comme une situation extrême, le deuil, la rupture sentimentale, le chômage, l’internement, l’annonce d’une maladie grave etc. C’est le cas chaque fois que l’on subit un choc post-traumatique. Quelle que soit la gravité objective de la situation (la mort d’un chien, celle d’une grand-mère très âgée et malade ou celle d’un enfant), il y a une période de paralysie, de figement pour employer la terminologie de Lévine, ensuite on passe par une phase d’adaptation et le problème redevient une difficulté. Dans la difficulté, on peut décider quelque chose dans un sens ou dans un autre. La situation reste un problème tant que cette paralysie persiste, le sujet restant incapable de faire le moindre choix, de s’adapter aux circonstances nouvelles. Il est devant une situation qui de fait est une situation paradoxale. Tant que les tentatives de solutions qu’il va mettre en jeu n’apportent que des changements de type I, (il fait toujours plus de la même chose), le problème se pérennise, s’auto entretient, voire s’aggrave.

Les thérapies brèves ont développé une double approche :
– Le MIR à Palo Alto se focalise sur ces tentatives de solutions qui sont vouées à l’échec même et surtout si elles sont empreintes de bon sens ce qui explique le fait qu’on peut avoir tendance à insister encore plus. Classiquement il propose un virage à 180 degrés : « Au lieu de vous répéter “Je dois penser qu’il ne me faut plus fumer’’ vous allez fumer une cigarette trois fois par jour à heures fixes »
– Le BFTC de Milwaukee axe son intervention sur l’objectif « Qu’est-ce qui vous fera savoir que vous n’avez plus ce problème, que vous êtes bien ? Quelle est la première étape, la première chose que vous devez entreprendre pour commencer à vous approcher de cet objectif ? »
– Dans les deux cas on ne s’intéresse pas à l’origine du problème, à l’inverse des thérapies qui se réfèrent à une logique de causalité linéaire. Mais il y a une troisième voie qui peut permettre, elle aussi de remettre en marche une dynamique psychique paralysée, disons momentanément engourdie. Tant que dure cette situation de blocage, la tension déclenchée par le problème ne peut pas redescendre au niveau de celle d’une simple difficulté. Cette situation est de fait, ou peut être assimilée à une situation paradoxale. Le sujet ne pouvant pas faire le moindre choix, ni avoir la moindre opinion, ni prendre la moindre décision, tant qu’il reste enfermé dans un système rigide, étroit, et fermé (voir emdrrevue : « Systèmes »). On peut alors proposer une autre stratégie thérapeutique ; l’option de démonter le paradoxe pour redonner de l’air à ce système pathologique, une plus grande liberté d’action au sujet, une nouvelle impulsion à sa dynamique psychique. Le paradoxe n’est en lui-même qu’une situation, ni bonne ni mauvaise. On peut rire à un enterrement et pleurer le jour d’un mariage. Nous verrons encore que l’on peut s’en servir si on arrive à canaliser sa puissance pour débloquer des situations figées dans le cadre de la thérapie comme le font les maîtres Zen dans un but initiatique spirituel…

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