La résilience ? A quel prix ?

Notes de lectures : Survivre et Rebondir. Hanus— (Maloine)

Par René Nuri La résilience est un symptôme à la fois protecteur pour cacher la difficulté, les effets internes du traumatisme et à la fois expression d’une souffrance. Elle a un prix, des limites et une durée.


Les résilients sont-ils heureux ?

La face lumineuse puissante et triomphante de la résilience nous cache de sanglantes blessures

Les deuils qui nous sont habituels nous font grandir moralement, affectivement et spirituellement. Les deuils traumatiques nous broient…

La résilience est un symptôme à la fois protecteur pour cacher la difficulté, les effets internes du traumatisme et à la fois expression d’une souffrance. Elle a un prix, des limites et une durée. La résilience s’apparente à une défense maniaque provisoirement réussie contre la souffrance, le désespoir, la folie, le meurtre, la mort, le vide. Mais cette souffrance est complètement hors conscience, hors ressenti, la résilience la tient hors de porté.

« Quand je me brûle volontairement, c’est le seul moment où je sens quelque chose, où je sens que j’ai un peu mal »_ « Peut-être avez-vous beaucoup plus mal ailleurs »

Cette hypothèse nous a ramené du passé avec son histoire, ses histoires, ses relations vers le présent et même vers l’avenir. Que va devenir l’enfant résilient ?

Le héros est une créature sociale. C’est l’appréciation des autres qui apprend au héros, au résilient, qu’il est devenu un héros, un résilient. Ce caractère exceptionnel n’est peut-être qu’une illusion d’optique. La résilience en tant que processus, que capacité potentielle est peut-être présente en chacun de nous. Ce qui est exceptionnel c’est la manière dont elle se manifeste. Si on lui demande comment il a fait pour être aussi courageux et qu’il répond qu’il n’en sait rien, qu’il ne sait pas faire autrement, c’est que la résilience est aussi une contrainte inconsciente. Mais certains font des projets qui aboutissent. Ce qui est inconscient c’est l’origine, la formation et la mise en exercice de ces forces.

« Elle avait utilisé toutes forces pour réussir, pour grandir, au prix d’une anesthésie de son affectivité. Il ne lui en restait pas assez à cette époque pour les consacrer à ses chagrins. »

La résilience doit nous inciter à rechercher avec prudence, respect et patience une souffrance méconnue parce que profondément enfouie. Ce qui ne veut pas dire qu’elle existe nécessairement, ni qu’on la trouvera, ni qu’on pourra lui donner issue au grand jour. Cela risque aussi de réduire à néant les grâces de la résilience. Il est bien rare qu’une personne résiliente vienne demander de l’aide ; en apparence tout va bien.

Le malheur, s’il ne vous écrase pas complètement ou ne vous plonge dans une passivité désastreuse et désoeuvrée a un effet anesthésiant.

La résilience ne consiste pas à apprendre à fuir l’épreuve mais à l’affronter, ce qui la développe. Elle fonctionne par immunisation progressive. Soumis à des stress répétés les animaux, les parachutistes voient leurs réponses endocriniennes se stabiliser. Mais il faut tenir compte de facteurs liés à la personne, l’expérience, la forme du moment, les qualités techniques, l’habileté, et d’autres extérieures, la météo, le vent, l’avion, etc.

Les réactions émotionnelles sont influencées par le degré de contrôle qu’il peut y exercer. Cela ne veut pas dire que l’enfant domine la situation et qu’il l’a comprise. Chez les parachutistes la répétition de la situation entraînerait un contrôle biologique et donc émotionnel. Ce n’est pas non plus nécessairement le cas. Certains ne s’habituent pas à la peur, et se retirent, d’autres continuent la peur au ventre. Il est difficile de savoir si cette peur va les rendre plus vigilants, plus performants ou si la lutte intérieure pour la maîtriser n’est pas un handicap négatif. Il y a aussi ceux qui ne ressentent pas la peur, si c’est vrai d’où leur vient cette insensibilité ? Et est-ce quelque chose de bénéfique ou de négatif ?

La résilience est de l’ordre du contrôle certes mais aussi de l’action. Cela la différencie de la simple résistance. Elle est active Elle réagit face au traumatisme.

La résilience, un processus de réparation ; la rêverie pour faire face à un réel terrifiant, la culpabilité des survivants, la honte et la culpabilité d’être heureux, les blessures insidieuses La résilience repose sur un socle de qualités personnelles dynamiques ou latentes mais elles bougent, se développent, s’atrophient parfois.

La résilience est aussi une révolte, elle est le fruit d’une colère, elle tire ses forces de l’agressivité que le traumatisme a fait naître ou vient de réveiller. L’enfant en deuil est révolté contre ce qu’il considère comme une injustice, et la résilience sera sa vengeance, c’est un travail de restauration narcissique.

La résilience est caractérisée par un type d’activité qui met en place dans l’esprit un but et une stratégie pour le réaliser. Pour cela il faut une estime de soi, une confiance en soi, la croyance en une efficacité personnelle et deux facteurs de protections : Des relations affectives stables et sécurisantes, et des expériences des succès et de réussite.

La résilience serait le résultat entre les effets des facteurs de risques et ceux de protection. Dans le cas des séparations, il faut tenir compte de l’âge, du tempérament, du soutient social, des expériences antérieures, des modalités de la vie relationnelle parents / enfants. Les petits sont protégés par leur manque de maturité cognitive, les grands par le développement de celle-ci.

Pour échapper aux influences néfastes d’expériences négatives dans l’enfance notons l’importance des investissements affectifs hors famille, des bonnes expériences scolaires et plus encore des satisfactions narcissiques en sport, musique etc….Mais l’élément protecteur essentiel reste la relation parent-enfant, et une vie maritale avec un conjoint sécurisant, soutenant. Les situations inverses demandent un travail de deuil qui s’il n’est pas épuisant peut entraîner une maturation. L’estime de soi, l’habileté à résoudre les problèmes et le sentiment de son efficacité à pouvoir faire face rapprochent la résilience de la cognition. Une situation pénible qu’un enfant peut comprendre, qui a un sens est mieux supportée qu’une autre ressentie comme insensée. Les réussites, les succès sont nécessaires à nourrir la résilience dont le but immédiat est bien d’obtenir des résultats, une réussite, ce qui augmente la confiance en soi. La connaissance nous enrichit de savoirs, la cognition est la capacité, l’habileté à acquérir des savoirs. Elle est retirée d’expériences vécues, et de leur mise en réseau. C’est plus un apprentissage par les conduites qu’une découverte de la pensée. Elle a la possibilité de donner un sens à l’événement.

La résilience est un état d’esprit avant d’être une méthode. La capacité de comprendre et de réagir ont besoin de s’appuyer sur une relation affective stable et sécurisante, des succès des expériences antérieures heureuses et un bon tempérament. Une révolte, une vengeance contre une injustice. C’est donc aussi un message adressé à celui qui se révèle défaillant, abandonnant, les proches qui restent dans la peine ou la difficulté, pour leur montrer qu’on peut réagir, et leur signifier qui est le meilleur. Elle est aussi la capacité à tirer des forces supplémentaires ; dimension de création et de sublimation.

La résilience n’existe que dans une temporalité donnée. Avant elle n’est que du domaine du possible, après on n’est déjà plus que dans le souvenir.

La résilience et le deuil

La résilience, comme le deuil, est un ensemble de manières à surmonter une grande épreuve. Pour que la résilience se constitue il faut la confrontation avec une grande épreuve inhabituelle. Deuil et résilience ont des points communs, ils s’expriment dans un cheminement inscrit dans le temps d’une durée. Ils sont les manifestations visibles d’un travail intérieur. Provoqués par la perte ils s’articulent à partir de l’histoire personnelle et familiale, d’expériences précédentes, la résultante des facteurs de risques et des éléments protecteurs. Les deux tirent bénéfice de tout support affectif.

1) Le deuil commence par un choc, plus ou moins apparent, plus ou moins retardé, et sa violence ou son retard et sa modestie ne permettent pas de préjuger de la gravité, de la bénignité, de la profondeur ou de la durée de ses effets. Le besoin d’un enfant résilient de dépasser ses forces de se surpasser est une nécessité de survie. Le ressenti et l’expression du choc sont différés au profit de moyens d’adaptations. La résilience, donne une impression d’invulnérabilité, mais le choc est bien réel. La résilience ne risque t-elle pas de laisser derrière elle une bombe à retardement qui oblige à fuir toujours plus en avant ?

2) Le cheminement du deuil le conduit à l’étape suivante, la dépression franche durable. Il n’est pas du tout assuré que les enfants résilients soient tous triomphants. Ils peuvent être déprimés et avoir une remarquable efficience. L’enfant ne vit pas sa souffrance comme l’adulte. Il change de caractère ; le calme s’agite, le remuant se calme, l’humeur varie avec défauts d’attentions, poussées de colères, tendances à prendre des risques. L’énurésie et l’oncroprésie peuvent revenir (ce qui renforce le sentiment de honte) au pire une véritable maladie organique.

La résilience est un constat de réussite dressé à un moment donné, mais pas un certificat de non-souffrance et / ou de bonne santé. Les grands créateurs torturés, malades jusqu’à en mourir (suicides, maladies, accidents…). La résilience est une traite sur l’avenir qu’il faudra payer ultérieurement.

L’état dépressif du deuil a des particularités ; il s’accompagne d’inhibitions importantes sur toutes les possibilités de plaisirs. La résilience semble s’y opposer, en tant qu’attitude active cherchant à modifier les aspects pénibles de la situation. La personne en deuil, déprimée peut porter secours à quelqu’un qui lui tient à cœur à condition que l’effort demandé ne dure pas trop, il est peu persévérant Le travail du deuil est en grande partie inconscient, celui de la résilience aussi, même si l’un se fait dans la douleur et que l’autre semble y échapper. Dans la résilience la douleur qui accompagne le traumatisme est cachée, repoussée, masquée, déniée, transformée. La résilience apparaît comme un déni non pas du traumatisme mais de sa signification psychique et de sa souffrance qui reste un poids pesant différé sur l’avenir

3) La régression est le second élément du travail de deuil, dans la résilience on a un grand bond en avant. Le résilient s’identifie à l’objet idéalisé de ses rêves, il veut l’incarner. Il a parfois des fantasmes d’auto-engendrement. Par la virtuosité de la réussite il veut désavouer des origines trop modestes, trop marquées par la honte et se constituer lui-même comme référence, modèle, origine d’une nouvelle lignée. Mais comment pourrait-on vivre toute une vie dans l’idéal ? Comment trouver son compte dans la réalité si l’idéal reste la référence qu’on ne peut modifier ? Il y a le plaisir du fonctionnement autonome qui témoigne de la maturité et de la solidité du narcissisme et le rôle de celui qui regarde la résilience, la constate, l’apprécie et en fait un message (Certains triomphes sont de l’ordre de l’exhibitionnisme, superficiels et éphémères).

4) Dans la douleur et la régression, le travail de deuil est une confrontation intérieure à la réalité de la perte. La résilience ne nie pas vraiment le malheur mais essaye d’en limiter la portée, et elle aura une réaction qui partira en sens opposé. Le deuil essaye de faire face à la réalité telle qu’elle est. La résilience veut transformer celle-ci dans ses dimensions subjectives.

La résilience n’est pas une situation durable, elle n’est pas naturelle, elle coûte trop cher, elle est trop défensive. Plus elle dure, plus elle brûle d’énergie, plus elle s’épuise. Ou alors c’est au détriment d’autres secteurs de la personnalité. L’endeuillé qui réussit brillamment dans les affaires mais qui reste froid sur le plan affectif.

5) La régression, la culpabilité, les mouvements de retour en arrière rendent l’endeuillé indisponible pour l’avenir. Chez l’enfant, le deuil entraîne un effacement des souvenirs, un oubli. Mais souvent il vit avec le parent imaginaire. Plutôt que de pleurer sa mère il lui offre ses succès, comme un don, une offrande sacrificielle. Mais ailleurs c’est un hommage au disparu dans le cas où cette relation était affectueuse et riche.

6) Le sentiment de culpabilité dans le deuil vient du reliquat de toute puissance narcissique. Dans la résilience si cette culpabilité est consciente, elle induit un désir d’expiation, de réparation, de réconciliation. Trop importante elle reste secrète, masquée par justement la résilience. La résilience témoigne de notre fidélité, de notre puissance, de notre richesse matérielle et intérieure. C’est une offrande au disparu qui apaise par un processus de réparation la culpabilité.

7) Le couple activité-passivité. Le deuil nous est imposé et nous réduit à l’impuissance. Nous voudrions moins souffrir, mais que personne ne touche à cette souffrance qui est la marque de notre attachement au disparu. Faire le deuil c’est constater et accepter cette impuissance. La seule alternative, reste la résilience.

Les orphelins mènent le monde

L’abandon libère les forces pulsionnelles d’une volonté de revanche agressive sur la vie, la société, les hommes. Il leur faut compenser, surcompenser le vide l’abandon, l’humiliation, …Les fantasmes d’auto-engendrement : Insatisfaits de notre naissance nous nous faisons renaître de parents plus glorieux. Insatisfait, honteux de notre mère, le héros se fait renaître de lui-même. La résilience s’exprime dans la sublimation, dans la création. On ne sait pas comment l’action du deuil opère sur la créativité, le génie, la résilience. La créativité permet le désir d’assurer sa propre immortalité et l’identification à la mère en tant que créatrice de la vie, des hommes, du monde. On retrouve chez les résilients, chez les créateurs le besoin d’enfanter, de créer, de façonner un monde ou une société à l’image de la mère ou peut-être est-ce à l’image d’un père idéalisé qu’ils créeront une œuvre dédiée à la mère.

L’enfant en deuil se sent coupable de la mort d’un proche, et c’est encore plus vrai si l’attitude du père est défaillante et la relation avec lui mauvaise. Cet abandon engendre un sentiment de honte. En réagissant l’enfant résilient devient chef. Le suicide d’un de ses parents est impensable l’enfant se considère à la fois comme mauvais puisque coupable du suicide et sans valeur puisqu’il n’a pas pu retenir son parent. Deuil et abandon entraînent aussi colère et agressivité. Ils n’ont pas eu de pères, ils se feront les pères du groupe, les chefs, les guides. Ils trouvent là, une raison d’exister, leur vengeance.

La résilience est une œuvre de survie, la réaction désespérée à la mise en cause de son existence ou de sa raison de vivre. Mais elle n’est pas assimilable au génie, elle est une forme de création, une potentialité de réaction.

Un merveilleux malheur

Malgré toutes les maltraitances notre histoire n’est pas un destin

Résistance d’un métal à un choc. Dimension de créativité. Une capacité potentielle Notion du temps (dynamique) L’importance du regard de celui qui apprécie, qui juge la résilience. L’élément de soutient relationnel

Les facteurs de protections, de défenses, de risques. Les enfants en deuil sont malheureux et sont vus et désignés comme tels. L’enfant est assigné à son malheur qui risque de devenir sa seule identité dans le discours alentour Les enfants les plus en risque de souffrance dans l’avenir sont ceux qui ont eu des parents malades mentaux ou maltraitants et ceux qui n’ont pu trouver le soutient affectif parce qu’ils se croyaient responsables des parents qui leur faisaient mal. L’enfant croyant toujours que ce qui se passe d’important autour de lui est de son fait.

Les facteurs de risques les plus importants se regroupent autour de la solitude à tout âge, solitude affective dans l’enfance, même en famille (maltraitance, inceste, manque de stimulation, « désafférentation »).

Ce qui au départ est un facteur de protection peut devenir un facteur de risque : Pouvoir dire, raconter, mettre en mots, construire un récit, une mise en scène d’une souffrance, d’un traumatisme, d’une épreuve est à la fois un effet de la résilience et ce qui l’accroît. Mais on peut devenir l’esclave de son récit quand les autres vous assimilent complètement à lui, que les autres vous en dépossèdent, qu’il est repris dans une perspective idéologique. La manière dont le groupe ressent l’épreuve est un facteur de protection quand il amène un soutient affectif, mais ça devient un facteur de risque quand elle entraîne des jugements à l’emporte pièce. Tenir compte de la dimension contextuelle : Voler est un facteur de risque mais c’est, dans les favelas, une chose valorisante ; il peut se débrouiller, il est rusé, il réussit.

Clivage, déni, résilience. Le concept de résilience n’a rien à voir avec l’invulnérabilité. C’est un mécanisme de défense mais il est plus conscient et plus évolutif, donc maîtrisable et porteur d’espoir. Chez un enfant qui se débat dans ses souffrances la résilience est à la fois le soutient et la force de son espérance et de son désespoir. Le déni, chez les enfants soldats est vital, ne rien sentir pour ne pas souffrir Mise à l’écart de l’affect, anesthésie affective. Enfants hospitalisés. Déni émotionnel,,, (ne pas souffrir), déni social. Le clivage du Moi qui accompagne le déni apparaît comme un phénomène conscient qui s’interpose entre la partie de la vie psychique en conformité avec le groupe social, et une partie secrète qui entre pour une grande part dans son espace de rêverie. Le clivage de la personnalité est en grande partie attribuable à l’entourage. C’est lui qui donne un sens à la résilience en la reconnaissant, et qui entraîne l’inscription traumatique d’un événement pénible. L’enfant réagit par rapport aux émotions qu’il perçoit chez l’adulte.

Les facteurs de protections, psychiques conscients ou inconscients et d’autres qui sont dans la communication. La rêverie…la poésie.

La capacité à être seul, à avoir un objet intérieur consistant et stable pour qu’il continue d’exister même en son absence. Aptitude au deuil qui donne l’espoir même déréel de retrouver cet objet, et une certaine régularité du cours de la vie (même pénible) qui permet d’anticiper le déroulement du temps sans trop de surprises qui nécessiteraient la reprise d’adaptations ne laissant plus de place à la rêverie.

Le déni qui permet de faire comme si la réalité n’existait pas.

L’idéalisation. Plus un parent est maltraitant, plus il est nécessaire qu’il existe dans l’esprit, le cœur, la psyché un parent idéalisé dont il puisse rêver, qu’il s’efforce de retrouver et à défaut en incarnant l’image par lui-même.

L’intellectualisation, au service de la désaffectivation, est en pleine conscience. C’est différent de l’accélération des processus cognitifs qui en donnant un sens aident à faire face à la situation. La régression psychique du choc inclus le retour à des formes archaïques de défenses, le retournement en son contraire ou l’identification à l’agresseur

Les moyens d’expressions. Le récit a un pouvoir cathartique, (raconter un passé douloureux c’est le revivre dans un autre contexte), et symbolisateur. Il permet d’exprimer des images souvenirs avec des affects et de leur donner un début de sens et de cohérence. Il faut au récit un interlocuteur. Qui peut entendre des horreurs insoutenables, écouter sans se rétracter devant la souffrance des autres ? La reviviscence des sentiments peut être explosive. L’humour corrosif et hilarant peut être une défense chez les enfants en deuil. Où l’ont-ils appris ? C’est un moyen efficace de garder les autres à distance et de garder à l’écart des secteurs pénibles.

Le soutient affectif extérieur, un mari, un adulte attentif etc…..réconcilie l’enfant violenté avec le monde qui l’entoure, et soutient les zones d’espoirs qui persistent. L’enfant traumatisé a souvent du mal à trouver la bonne distance. Soit, il est trop lointain, indifférent aux attitudes positives de l’adulte, soit, il est trop familier, brutal, violent envers une personne proche.

Le déni émotionnel. Il faut qu’une émotion soit éprouvée pour qu’un choc traumatique se fixe dans les souvenirs. Mais un événement auquel on n’a pas pu donner de sens sur le moment va donner une trace mémoire qui aura subi un déplacement pour se fixer sur un détail insignifiant a priori. Si l’émotion n’a pas pu être vécue, ça ne veut pas dire qu’ils ne fixent pas dans la mémoire inconsciente, presque corporelle. Et c’est parce que ces traces mnésiques corporelles n’arrivent pas à se relier à des souvenirs représentations, qu’elles conservent leur force traumatique.

La résilience est une interaction dynamique à un moment donné entre un individu et un événement exceptionnellement traumatisant, ce qui met en action des processus de restauration que nous pouvons constater de l’extérieur, là encore à un moment donné, dans un contexte donné

La personnalité résiliente

La résilience est une capacité une aptitude développée par des individus, qu’ils expriment à un moment donné devant une épreuve majeure qui aurait du les écraser, les submerger. Elle implique la capacité à se servir de ces épreuves pour progresser, résister au stress, en sortir plus fort, plus aguerri. Dans la mesure où elle est un message, en particulier au père défaillant, elle signe le dépassement des limites du tempérament. Le tempérament est un ensemble de prédispositions innées ? Alors que le caractère désigne davantage les modalités d’expression de celui-ci dans les relations avec les autres. Le narcissisme n’est pas de l’égoïsme sophistiqué, c’est l’investissement que l’on a de soi-même, les manières dont on se perçoit, s’apprécie, s’estime. Il s’exprime à travers trois sentiments. _*1) La filiation le nom, la place dans la famille, la société, ce qui renforce le sentiment d’identité. _*2) La confiance en soi est là de naissance mais elle va évoluer avec les réussites et les satisfactions personnelles. Elle est proche du pôle opérationnel. _*3) L’estime de soi est le sentiment narcissique par excellence Elle est plus proche du sentiment d’identité, de l’image de l’idée que l’on a de soi-même. Le narcissisme n’est pas seul, il est relationnel.

Les traumatismes dans la résilience.

Les faits eux-mêmes, les paroles, leurs caractères cumulatifs, répétitifs, leurs situations à l’intérieur de la famille, ce qui oblige à les occulter sous peine de mort font le traumatisme. Toutes souffrances chroniques qui ne voient ni sens ni terme ont tendance à essayer de s’engourdir.

La résilience appartient à celui qui la manifeste, mais elle se laisse voir. Et c’est nous qui l’apprécions du dehors en fonction du décalage entre le ou les traumatismes et les réactions positives de la personne. _Mais quels sont nos critères ? Quand nous nous projetons dans celui qui souffre. Son traumatisme nous fait peur. Et comment est-il ressenti de l’intérieur ? Le petit de Cyrulnik qui sort des camps de concentrations supporte les coups de sa famille d’accueil. L’accompagnant régulièrement au contact de familles en deuil fait des comparaisons ; entre le décès d’une grand-mère et celui d’un enfant, etc…..

_L’anxiété limitée est un signal utile, trop forte elle est paralysante. _La souffrance et la douleur, tenues, localisées nous indiquent une lésion. Importantes, diffuses, durables, elles envahissent tout le champ de la conscience, nous empêchent de sentir, de penser à autre chose. Elles sont moins insupportables si on leur trouve un sens. Les enfants ne peuvent pas comprendre que les parents leur fassent du mal, se suicident, ne les aiment ^pas. Ils vont s’anesthésier et idéaliser les parents ; ils vont changer, ils seront eux-mêmes de bons parents.

Le « stress » est une tension dans le choc, le « strain », une tension dans la réaction de l’organisme ou de la personne qui le reçoit. Le choc s’inscrit dans une temporalité pour une même personne. Pourquoi est-ce un choc ? Pourquoi à cette personne ? Pourquoi à cet endroit et à cet instant précis

Le traumatisme comprend le choc violent, l’effraction, les réactions. _*1) Il y a une intensité objective, mais il faut tenir compte de celui qui le reçoit. _2) L’effraction (Freud), Un microbe pénètre dans le corps, les mémoires immunitaires activées, il a été reconnu, les défenses sont mobilisées ; Devant un traumatisme psychique, des paroles blessantes, quels souvenirs cela réveille et quels moyens de défense ont-ils déjà été utilisés ? _3) La réaction au traumatisme ; La blessure résulte du rapport de forces entre la brutalité du traumatisme et la résistance psychique.

Les enfants se posent deux questions (Cyrulnik). « Pourquoi dois-je tant souffrir ? » « Pourquoi moi ? » « Et comment faire pour être heureux quand même ? » D’où leur vient cette idée du bonheur ? S’ils l’ont déjà connu, la résilience est une lutte pour retrouver le paradis perdu . Cyrulnik dit qu’ils rêvent. La capacité à exprimer des émotions est un des éléments de l’aptitude au deuil. Il faut pour cela trouver un interlocuteur et un relative sécurité. Lorsque la violence est intra familiale, la honte et la peur de faire du tort aux parents violents empêchent les enfants de parler. Peur du bourreau domestique, peur de ne pas être cru peur de la honte, peur de ne pas pouvoir être aidé, peur de la menace de mort.

La résilience, une forme de sublimation

La résilience fait mieux que de survivre au traumatisme, elle l’intègre. Elle est construction, création, sublimation. Des comportements sublimés trouvent leur origine dans la pulsion sexuelle, mais sont sans rapports avec elle. La sublimation n’est pas accomplie tant que l’œuvre n’a pas vu le jour, l’exposition aux yeux des autres. Dans toute œuvre d’art s’inscrivent un but et un message. L’œuvre est réalisé par le créateur, mais elle est réussie dans l’intérêt qu’elle suscite.

Les lignes de forces

_*1) une ou plusieurs situations extrêmes Une résistance dont on peut tirer profit. Etre solide, avoir de la chance, avoir réussi à survivre, ça fortifie l’estime de soi et la confiance en soi Le syndrome de culpabilité du survivant, tantôt écrasant tantôt stimulant : Survivre ne suffit pas, bien avant la situation il y avait le tempérament sous l’effet des relations. Le trauma ne fait que révéler les capacités latentes. Même si on sort victorieux de l’épreuve on n’en sort pas indemne grandi et fortifié mais avec une blessure morale secrète.

_*2) La face sombre. L’hyperactivité avec agitation motrice et grande réactivité aux stimulations sensorielles, et donc troubles de l’attention, de la concentration gênent l’élaboration psychique l’acquisitions de connaissances mais permettent de décharger un trop plein d’énergie et d’attirer l’attention des autres. Les manifestations psychosomatiques, les symptômes, perturbent la qualité de vie mais ont une fonction de régulation. Les manifestations de la résilience = symptômes positifs sous l’effet d’une sublimation. L’hyperactivité, la compulsion à l’action sont aussi de grands fournisseurs d’énergie : Prendre la chance de survivre en travaillent pour les autres. La solidarité c’est rendre aux autres ce que l’on a reçu sous l’effet du sentiment de culpabilité du survivant. Triomphe narcissique d’avoir réussi à survivre et sentiment d’injustice pour les autres. Spontanément, l’entourage s’identifie à la victime (deuil…, « moi si j’étais à ta place ») Traiter les autres comme on aurait aimé avoir été traité, c’est se comporter avec elles comme si elles étaient un peu nous. Cette activité altruiste, cette volonté de refaire le monde (revanche puis vengeance), peut poser problème pour celui qui la porte et pour celui qui en bénéficie s’il se sent embrigadé malgré lui. La résilience est un symptôme qui ne cesse d’exprimer le malheur qui l’a vu naître. Les histoires de vie où une belle réussite est ultérieurement submergée par le retour du malheur.

La résilience semble ne manifester ses effets que dans l’action, dans la réussite surtout sociale. Alors que sa face cachée, secrète, non cicatrisée se situe sur le versant affectif, la vie intime, ce qui se retrouvera dans les relations aux autres. La résilience n’est pas un état stable et durable ni un résultat. C’est un moyen et le cheminement n’est jamais terminé. S’il faut respecter le déni protecteur, quand on veut aider le résilient, il faut l’aider à prendre conscience de ses souffrances. Il vaut mieux que la résilience ne réussisse pas trop bien et que celui qui la vit ne se considère pas comme invulnérable.

_*3) La résiliente est une œuvre de révolte, le fruit d’une colère. Pourquoi dois-je tant souffrir ? Pourquoi moi ? L’injustice de la mort des parents. Entraîne colère, révolte et besoin de justice Cela permet de ne pas penser être les seuls à mériter cela, ce qui conduit au sentiment de dévalorisation, de honte, de culpabilité. Cela est un facteur protecteur évitant de retourner contre soi ces forces agressives. La haine retournée contre soi ne se tarit que par les maux que l’on s’inflige Les symptômes de la résilience, ses effets concrets, ses œuvres, la résilience elle-même s’apparentent à une réaction, un renversement dans l’opposé : L’enfant écrasé triomphe, le battu montre ses forces, l’affamé donne à manger aux autres. Devant un deuil le refus est normal, il permet de prendre conscience du malheur et de le repousser (s’il n’existait pas on n’aurait pas à dire non). Savoir et ne pas vouloir savoir, se laisser le temps de comprendre, d’entrer dans la douleur. Le déni est déjà une complication, il instaure un clivage dans le moi ? Mais il a aussi pour fonction de protéger le moi.

_*4) Le rôle de la famille, de l’entourage. Les relations établies avec l’enfant sont fortement marquées par leur propre histoire personnelle. Le bonheur est toujours possible, mais il n’est pas sur le même plan que la résilience. Si l’enfant vit comme un étranger même dans sa famille, peu investi par une mère dépressive, malade mentale, par un père absent ou démissionnaire, il reste les possibilités de rencontres structurantes. Le rôle positif d’un mariage équilibré. Mais les plus malheureuses ont tendance à se lier avec des hommes carencés et peu capables de leur apporter de l’aide.

Il faut déjà du temps pour qu’un enfant comprenne qu’il est violenté et que ce n’est pas un comportement parental normal par manque de repères, et que c’est son parent qui l’agresse. Confusions, il veut l’aider, le protéger des jugements extérieurs qui risquent de faire retomber la honte sur lui et ainsi se sentir plus forts que lui. Il va incarner le modèle de bons parents pour pouvoir supporter ceux qu’il a. Ces parents idéaux vont le pousser à se surpasser à prendre l’exact contre-pied de leurs faiblesses. Ce travail de titan peut excéder ses forces.

_*5) La chance de la rencontre, quelqu’un qui valorise, qui donne une place. _*6) Les appuis affectifs de l’entourage susceptibles d’accroître l’estime de soi, la confiance en ses propres possibilités, la capacité à trouver et rechercher de l’aide. La résilience est une résistance active, dans le monde, dans le corps social sous l’égide de la solidarité. Elle a pris le parti de changer l’injustice du monde.

Le travail de deuil du refus initial à l’acceptation progressive jamais achevée. L’intériorisation de la relation antérieure à la perte, mémoire, souvenir, fantasmatisation du parent reconnu mort et attendu, un parent imaginaire chez l’enfant. L’élaboration des sentiments de culpabilité pour les souffrances qui existent autour de lui. Un deuil révèle l’état du deuil précédent. Le résilient peut devenir plus fort à chaque épreuve surmontée, mais jusqu’à quelle limite ? Une nouvelle épreuve aura-t-elle raison de sa résilience ? La résilience est un symptôme positif, mais le prix est élevé ; une dépense énorme d’énergie, une grande fatigue ? Un épuisement précoce. Et une réussite qui nous parait durable ne le sera que dans un secteur particulier. L’autre envers quand il s’agit de violences familiales, de carences graves, d’abandon se voit dans l’évolution de la problématique oedipienne. L’enfant résilient se montre plus fort que ses parents. Mais ce triomphe a un revers, le poids de la culpabilité inconsciente l’affaiblissement du père est ressenti comme la conséquence de la haine qu’il lui a porté. Il s’est vengé et il risque un jour d’en être châtié ; pour échapper à celle-ci, il est insatiable d’activité, son besoin de réparation est inapaisable.

Soutenir la résilience

Le souffle d’espoir que fait naître la résilience diminue le sentiment d’impuissance éprouvé spontanément devant la gravité de certains traumatismes. Elle montre un écart inhabituel entre la profondeur du trauma et une réussite inattendue ici. Le trauma n’a pas écrasé le sujet mais lui a donné des forces dont les effets sont manifestes.

Le résilient ne demande pas de l’aide, ce qu’il ressentirait comme narcissiquement dévalorisant, sauf parfois devant certaines complications gênantes ; Dépression, anxiété sans raisons apparentes, troubles du sommeil, asthénie excessive…Perturbations de la santé physique, souvent négligées et écartés…Troubles du comportement Même chez des personnes très en vue…

La résilience est appréciée de l’extérieur, à un moment donné, dans sa révélation ponctuelle, factuelle, momentanée. La première grande épreuve de la vie et celle du manque. Le résilient a besoin des marques d’estime des autres d’autant qu’elles ont étaient insuffisantes dans la prime enfance. Le résilient survit et rebondit, mais il garde sa blessure profonde Les sentiments de culpabilité consciente et inconsciente dans le travail du deuil… Il faut explorer la capacité de rêverie chez un enfant déprimé, on y recherche comment il envisage l’avenir, son degré d’espoir de s’en sortir et de confiance en soi.

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5 Réponses pour La résilience ? A quel prix ?

  1. HOUPLAIN dit :

    Désolé, mais qu’est-ce que ce texte est littéraire, mais quel verbiage ! Quel flou !
    On est en plein dans l’effet Foller : on y trouve tout et son contraire, des concepts aux contrours mouvants, qu’on peut faire glisser, si on en a envie… Au bout de la klecture, la résilience, c’est tout, rien… Et on se demande bien ce qu’on peut faire de cette « information »

    Quand est-ce que la psy arrêtera cet éternel verbiage, pour en venir aux questions essentielles pour le patient (celui qui a tout essayé depuis 20 ans et en est au même point ), ce patient bien obligé de devenir vitalement pragamatique, qui donc cherche seulement une méthode pour cesser d’avoir mal, une méthode claire et compréhensible, autant qu’un recette de cuisine, aux résultats testés et avérés. « Est-ce que çà marche ? Comment fait-on  » est LA question unique. Le reste est poudre aux yeux, et ces tonnes de discours, d’hypothèses, de débats poétiques me semblent bien masquer l’impuissance.

    • miji dit :

      @Houplain
      Je ne sais pas si vous lirez ce message tardif… Malheureusement, il n’y a pas de recette, de truc qui marche, ça se saurait. Il y a un chemin que chacun parcours à travers ses propres méandres. La complexité et l’expérience de chaque individu fait qu’aucune expérience ne peut être rapportée à un modèle type. La terrible difficulté est justement qu’il faudra pour soi-même découvrir ce qui sera aidant. Mais de recette, il n’y en a pas. Et c’est bien pour ça que la résilience peut être tout et son contraire : nécessaire, néfaste, utile, dangereuse, perverse, salvatrice… Elle est. Et pour chacun différente.
      Bon courage sur la longue et douloureuse route.

  2. Laurette dit :

    Et bien voici un article du tout et rien et qui dit un peu n’importe quoi.
    La résilience, la vraie c’est :
    1) La résilience n’est pas une méthode thérapeutique, c’est une capacité innée.
    2) Un résilient reprend le cours normal de sa vie, lorsque la tempête se calme
    3) Un résilient malgré les chocs de vie, ne développera pas de syndrome post-traumatique, ne deviendra pas un anxieux etc…
    4)Il ne sera ni instable, ni désocialisé, bien au contraire.
    5)Pas d’inhibition particulière, ni de refoulement.
    6) On ne décide pas d’être résilient, on l’est !

    Cette capacité à vivre normalement malgré, par exemple, une enfance sous violence, indique un énorme instinct de survie, une positivité naturelle, et une certaine intelligence quelque soit l’âge de l’enfant.
    N’oubliez pas qu’un enfant ou adulte Résilient soumis à de grosses difficultés aura plus que n’importe quel autre une faculté immense à dédramatiser… Son approche de la vie étant plus objective.
    Donc, oui c’est gens là sont peut être plus doués que d’autres pour apprécier la vie.

    Je suis étonnée que l’un des premiers qui parla de résilience ne soit pas cité à savoir :
    Boris Cyrulnik….qui écrivit « un merveilleux malheur » titre de l’un de vos articles.

    Pour moi, non seulement cet article n’a pas de fondement, il véhicule des notions dangereuse.

    Psychologue comportementaliste (TCC) depuis des années

  3. cernove dit :

    Cyrulnik n’est pas parole d’évangile on peut ne pas penser comme lui il est faillible et ne peut se baser que sur ses expériences

  4. Anne-Marie Gill dit :

    J’ai eu un parcours de résiliente et puis un jour, tout s’est effondré. C’est élan qui revenait toujours m’a fait faux bon, je ne pouvais plus fournir cet effort herculéen et j’ai voulu mourir.

    Je trouve la lecture de ce texte très intéressante. Tout phénomène, et la résilience en est un, comporte des paradoxes, des conflits et des lignes de fuite. Au moment, où les théories de la résilience sont devenus populaires, je me suis dit : c’est bien beau la résilience mais il y a un prix… Vous en décrivez divers aspects.

    Merci pour votre apport à la compréhension de la résilience.

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